12 et 13 novembre 1999

Catastrophe sur les Corbières


Un épisode, remarquable, tant par son étendue géographique que par les quantités d’eau recueillies. Il touche 4 départements : les Pyrénées-Orientales, le Tarn, l’Hérault et surtout l’Aude où ses conséquences ont pris les proportions d’une catastrophe.

1999_11_12


Cet événement a provoqué 35 victimes, 438 communes sinistrées. Source : "Les événements naturels dommageables en France et dans le monde en 2007, pages 32 à 41.

Ces décès sont principalement liés à des comportements individuels à risques dans des bassins versants de taille modestes (voir thèse de L. Boissier et à des effets de ruptures de digues dans les basses plaines de l’Aude (5 décès à Cuxac suite à la rupture du canal de Jonction et du remblai ferré).

L’épisode a apporté plus de 200 mm sur plus de 7000 km2, répartis sur 4 départements.

On estime à environ 18000 km2 (soit une bande d’environ 50 km*350 km) la surface ayant reçu plus de 100 litres d’eau par m2 au cours de l’épisode, ce qui correspond à 3,8 milliards de m3 d’eau précipités.

Le maximum des précipitations (plus de 400 mm) a été observé des Fenouillèdes (Pyrénées-Orientales) jusqu’au Minervois (Aude) et au Tarn.



Dans les Corbières (Aude), le maximum extraordinaire de 622,4 mm a été relevé à Lézignan.

Ces valeurs en 24 heures figurent parmi les plus fortes enregistrées sur les régions méditerranéennes de la France.

De telles quantités ayant frappé une grande partie du département entraînent un volume d’eau précipité gigantesque.



Dommages économiques de l’inondation
Beaucoup d’équipements sont dévastés par les inondations : transports, téléphone, réseau EDF-GDF, alimentation en eau …

Les dommages indemnisés des inondations de novembre 1999 sont estimés à 433 millions d’euros, faisant de l’évènement l’un des plus dommageables du territoire français depuis la mise en place du système CatNat en 1982.
Pour en savoir plus, Monographie du cyclone Hyacinthe, Annexes de la thèse de M. Boudou

Cet épisode a aussi été accompagné d’une violente tempête d’est soufflant du large de la Côte d’Azur au littoral du golfe du Lion. Les sémaphores de Leucate (Aude) et du cap Béar (Pyrénées-Orientales) ont enregistré, les 12 et 13, des vents moyens supérieurs à 100 km/h.
La capitainerie de Port-la-Nouvelle a observé des surcotes supérieures à 1 mètre.

Cette forte houle près du littoral a constitué un phénomène aggravant, perturbant l’écoulement des eaux pluviales vers la mer et causant l’échouage de plusieurs gros navires.

Intensités remarquables sur l’Aude
À la station de Lézignan :
- 551,2 mm le 11 (de 06 h UTC à 06 h UTC le 12),
- 69,0 mm le 12 (de 06 h UTC à 06 h UTC le 13).

En 48 heures glissantes (à compter du 12 à 04h06 UTC) le total atteint 622,4 mm :
- dont 551,5 mm en 24 h glissantes,
- 427,4 mm en 12 h,
- 229,3 mm en 3 h,
- et une pointe horaire de 112,2 mm en 1 h.

Les graphiques suivants représentent les pluies recueillies heure par heure à Lézignan-Corbières (Aude) et Perpignan (Pyrénées-Orientales) du 12/11/99 à 00 h au 14/11/99 à 00 h (heures légales).

A Lézignan, les pluies ont débuté le 12 vers 03 h du matin pour s’achever le 13 en début de nuit, prenant un caractère intermittent jusqu’au lever du jour le 14.
L’épisode a ainsi duré environ 36 h, totalisant 624 mm à Lézignan, mais l’essentiel des pluies a été recueilli en 24 h ou moins durant la journée du 12 et la nuit du 12 au 13.
En soirée du 12, le total atteignait déjà 261 mm à 21 h (avec une intensité maximale de 126 mm en 3 heures).
Après une brève accalmie, les pluies ont repris vers 22 h avec une intensité maximale de 229 mm en 3 h, dont 112 mm en 1 h.
Sur Perpignan, on n’a recueilli "que" 222 mm ...
Il faut cependant noter que cette valeur est la plus forte observée sur la ville depuis l’averse fantastique du 26 octobre 1915.

Voir un clip vidéo de l’événement sur le site de l’INA (Institut National de l’Audiovisuel)



- Images radar des 12 et 13 novembre 1999 sur le Languedoc-Roussillon
Une ligne orageuse active reste quasi stationnaire pendant plus d’une dizaine d’heures sur les zones sinistrées, générant une part importante du cumul des précipitations.

Voici les 3 images les plus caractéristiques de cette stationnarité, le 12 novembre à 16 h 30, 22 h 30 et 23 UTC.

Les zones en jaune/orangé correspondent aux plus fortes réflectivités radar, donc aux zones de précipitations les plus intenses. Les pixels roses correspondent à des échos fixes.

- L’animation des images radar du 12 novembre à 00 h UTC au 13 novembre 1999 à 23 h 30 UTC toutes les 1/2 h, permet de retracer la chronologie de l’épisode. Les zones en jaune/orangé correspondent aux plus fortes réflectivités radar, donc aux zones de précipitations les plus intenses. Les pixels roses correspondent à des échos fixes.


Animation des cumuls horaires sur le Languedoc-Roussillon du 12 novembre 1999 à 13 h UTC au 13 novembre à 12 h UTC

Voir l’événement décrit dans un article
de la revue LA METEOROLOGIE
n°42 d’août 2003.

- À lire sur ce sujet, la publication : "L’épisode de pluies diluviennes du 12 au 13 novembre 1999 sur le sud de la France". Phénomènes remarquables n°8, Toulouse, 2002, 80 p.

- Lire également : VINET F. (2003). Crues et inondations dans la France méditerranéenne. Les crues torrentielles des 12 et 13 novembre 1999 (Aude, Tarn, Pyrénées Orientales et Hérault) , Editions du Temps, Nantes, 224 p.
Accessible sur le lien : http://www.gred.ird.fr/media/ird-sites-d-unites-de-recherche/gred/documents/rapports-programmes/crues-1999-vinet


Carte des cumuls sur 2 jours sur le Languedoc-Roussillon 12 et 13 novembre 1999